LA NUIT AMÉRICAINE
2006-2016

Ce projet, témoigne de mon intérêt pour les lieux de «fabrication d’images». Son titre fait réference à une expression utilisée dans le jargon du cinéma pour désigner un trucage qui permet de tourner de jour des scènes d’extérieur censées se dérouler la nuit. Dans ma démarche artistique, je cherche à capter des situations ambiguës, pas toujours identifiables au réel mais pas non plus complètements affranchies de celui-ci.

Ce projet est le fruit d’un dispositif fondé sur la mise en abyme: aux trucages qu’organise le cinéma pour mieux désigner le réel, s’ajoute la représentation photographique de cet artefact. Ces images nous suggèrent autre chose que ce qu’elles nous montrent: un espace d’illusion où l’imaginaire et les divers fantasmes des spectateurs peuvent être projetés.

Dans un monde envahi d’images, qui nous parviennent en flux tendu sur toutes sortes de supports, et auxquelles nous sommes sommés de croire, mon travail met au défi notre regard et nos perceptions : où est le faux, où est le vrai ? Et si dans ce monde inversé, le faux n’était pas devenu l’Empire du vrai ?

J’ai commencé ce projet lors de mon travail de diplôme en 2006. Puis en 2007, pendant le repérage de mon court-métrage, Les Amoureux du Nil, j’ai eu accès aux studios de cinéma du « Hollywood de l’Orient », au Caire. Financés en partie par les pays du Golfe, qui imposent une censure drastique, ces studios reflètent une image en carton-pâte que le pays veut donner de lui-même, loin de la vie quotidienne d’une société en crise.

Entre 2013 et 2015, je me suis rendue à San Francisco, dans les studios de la plus grande entreprise de production de films pornographiques des États-Unis. Cette série propose une lecture sous un angle bien particulier: ce sont des espaces vides, dépeuplés, qui se présentent comme le décor d’une scène sans acteurs.

En 2016 à Berlin, j’ai finalisé et produit le projet «La nuit Américaine».
Dans les mythiques studios Babelsberg, les rebondissements de l’histoire mondiale se sont imprimés aussi nettement que dans la capitale allemande. En effet, Babelsberg est le témoin du meilleur comme du pire : on y a tourné les plus grands chefs-d’œuvre de l’expressionnisme allemand et les pires films de propagande nazie.

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